Une vie de papillon (1)

Texte de Laure Isnard

mardi 7 avril 2009, par Hugo Musella

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Le personnage de théâtre naît sur scène à l’entrée de l’acteur qui le porte. Il meurt avec l’écho du dernier applaudissement. Ainsi, représentation après représentation, l’acteur fait l’expérience d’une naissance et celle d’une mort à venir. Vie et mort du personnage de théâtre.

Lumière sur le personnage. Intemporalité, lenteur, douceur.

Un souffle léger m’enlève ? Je me lève. Je marche.

Des petits pieds nus effleurent des planches en bois.

Ca grince, Ca craque, au fond, j’aime ça. Ca glisse un peu mais pas trop. Funambule en équilibre dans l’inconnu, noctambule, errant miraculeux, nuit noire et masquée vient m’enlever… (Engouement) Un souffle léger m’entoure, c’est le mien ! (Elan sur les 4 prochaines phrases) La vie est la ! Suis-je ici pour la chanter ? Troubadour en échappée belle ! Ou bien annonciateur ? (Légère montée d’angoisse) En moi résonnent et tournent les voix inconsolables du passé. (Accroissement progressif) Sorcier du présent.

Je me tourne. Me retourne. Éperdument seul dans une existence nébuleuse.

J’entends ! Oui j’entends encore une mémoire ancestrale. Comme des bruits de tambours !

J’entends ! Oui j’entends encore un lieu, une cité aveugle !

Et j’entends encore aboiements et rires incessants. Ca me griffe ! Ca m’enchaîne. Troubadours et sorciers. Fumés apocalyptique et danses sacrées ! Intifada et hommes lynchés ! J’entends le brouhaha incommode. Haaa…Assez !

Les chiens sont à mes pieds. Morsures venimeuses. Sexe constrictor ! Sombre illusion ! Chaire appât ! Gouffre profond ! Une liane pend un corps ! Amère illusion ! Fortune avare ! Amour viscéral ! Chanson nasillarde ! Cieux éventrés ! Sombre clarté ! (Explosion, changement de ton, se déploie, occupe tout l’espace scénique)

Et je suis Donquichotte ! Sur mon cheval factice je fends les airs. J’aime ! J’aime tant que je peux ! Je cris au vent, je m’emporte a la vie ! (Beaucoup de geste, se déploie, mime tout ce qu’il dit)Je cours, je marche, je cours, je vacille, je faiblis ! Je me reprends. Oui Donquichotte, troubadour de tous les vivants, je me bats contre ces colosses de papiers. Contre ces géants improbables ! Je fuis, je m’essouffle, je reviens, dans une tempête cérébrale ! Je me bats encore. Porte parole de ceux qui souffrent du passé. HaAa !.... haaaaaa Mon cheval ! Mon cheval a mes cotés. Je me fabrique une épée, la brandie d’un ton solennel. Repars avec conviction ! ….. (Essoufflement)…. (Sueur)….. (….désespoir presque)

(Retombée) Et je suis encore ici ou la. Témoin du naufrage inépuisable. Fatigué et inquiet. Donquichotte dans un terrain vague s’assombrit, ne brandir plus qu’un cure-dent usagé.

Peur. Peur. Peur ? La vie aurait pu être autre.

La vie au hasard de la pensée vacille et succombe parfois. Elle est a nos pieds peut être. Les troubadours se taisent.


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