TORCHE N°1

Tragédie d’enfants pour 5 (2 filles et 3 garçons) à 11 jeunes comédiens.

dimanche 4 février 2007, par Hugo Musella

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« Par mon holocauste volontaire, je veux marquer mon désaccord avec la politique de mon pays. Ce geste n’est pas un événement isolé. J’agis en accord avec un groupe de camarades qui poursuivront l’action de la même manière s’il fallait d’autres martyrs pour réveiller la nation au bord du désespoir. En leur nom, j’avertis les dirigeants qu’une torche humaine prendra feu tous les cinq jours et ce jusqu’à :

- L’abolition définitive de la censure, - L’arrêt de la publication du journal d’occupation.

Torche n°1

Souvenez-vous du mois d’août. Souvenez-vous des chars. »


Les chars russes sont entrés à Prague le 20 aout 1968. En signe de protestation, des étudiants décidèrent de se sacrifier les uns après les autres sous forme de torches humaines. Le premier était Jan Palach. Il s’immola sur la place wenceslas le 16 janvier 1969. Il avait laissé cette lettre. Il avait 18 ans. Il nous est à jamais interdit de comprendre les raisons de la mort de Jan. Comment en arrive-t-on à cette extrémité ? Comment un jeune homme arrive-t-il à cette extrémité ? Comment un enfant qui croit aux golems devient-il un jeune homme qui en arrive à cette extrémité ? Que la mort garde ses secrets. Torche N°1 raconte le sacrifice de Jan dans son essence, dans son sang et ses larmes comme dans un rêve noir. Elle retrace le parcours initiatique des enfants du paradis perdu de l’imaginaire vers le sacrifice et l’oubli des adultes assoupis. Cette pièce est celle d’un moment clef. Celui où quatre enfants abandonnent au chapeau leurs noms qui sont brûlants pour finalement tirer celui de Jan. Ils auraient pu les déposer dans un moule à gaufres mais on dit bien : tirer au chapeau. Il faut respecter le protocole du jeu. Tous les enfants vous le diront. Torche n°1 est née du hasard et de la mort. Elle s’est encrée dans l’adolescence et dans la vie. La pièce est engagée, oui, sans doute, mais du côté du cœur, de celui de la vie, de l’enfance et du rire.

Extrait

(Jaroslav est en plein recueillement. Jan le rejoint.)

Jan  : Tu marmonnes ?

Jaroslav  : Je susurre. J’ai plié le linceul de mon adolescence.

Jan  : Déjà, toi, tu renonces ?

Jaroslav  : J’acquiesce ! J’acquiesce à la vie qui déroule et compresse. Encaissons ! Deux amoureux avant avaient dit non, ils en sont morts. Moi j’acquiesce. Nos rêves de dix pieds se sont tous enroulés dans le vent du printemps. Pliés, rangés trop haut dans le placard. On ne mérite plus. (Jan saute sur les mains. Svetlana entre.)

Jan  : C’est beau un soleil à l’envers.

Svetlana  : Il pleut. (Jan tombe.)

Jaroslav  : Je le vois.

Svetlana  : Des gouttes.

Jan  : De soleil, il fond.

Svetlana  : Quoi ?

Jan  : Une aquarelle passée… Il dégouline sous son eau pour laisser le boulevard à la reine la lune. Lalalala ! La terre ! Elle tourne boule roule vers la nuit… Et la nuit regardez. Même elle… en vert elle était mieux.

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Torche n°1
texte intégral

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