Naissance de l’artiste (2)

Texte de Claudel Bertili

vendredi 13 février 2009, par Hugo Musella

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Une deuil. Un sacrifice. Un saut en avant. Un don de soi. Et une gourmandise à avaler le monde. Il faut tout ça pour faire naître le jongleur dans chaque homme. Et puis... à chacun son histoire.

Cette histoire c’est mon histoire, oui l’histoire d’un petit enfant de douze ans, qui se lève tout les matins pour aider sa mère à se préparer. Attacher sa coiffe, bander ses reins pour mieux apporter le panier sur sa tète, aller chercher les légumes, patate, igname, manioc, banane et plein d-autres fruits. Il fallait se réveiller tôt, dès quatre heures, au premier chant du coq.

Et hop ! J’étais debout prêt pour partir, car la ville est loin et il faut se dépêcher pour trouver les meilleures places, sinon tu ne vends rien et tu rentre chez toi les mains vide, la peau du ventre collé sur les os, à cause de cette faim qui te ravage le corps. Ma mère me donne la main et dja !! On y va.

J’étais toujours excité à l’idée de voir mes amis dans le marché, on jouait, on criait, on sautait, plongeait dans la mer, emmerdant les vieilles dames leur volant la canne, c’était tellement drôle de les voir se casser la figure par terre, on en pouvait plus à force de rire on avait l’impression que nos dents allaient tomber comme leurs dentiers. Mais ce jour là, n’était pas comme les autres jours, je l’avais senti dans l’air, mes p’tit pied me démangeaient, mon zizi me grattais, mes oreilles sonnaient, je savais que tout ça finirais mal. Mais quoi ? Depuis plusieurs jours un homme vêtu de blanc passait sur le marché pour parler aux agriculteurs, mais tout le monde criaient après lui en faisant de grand gestes et il partait.

Ce jour là personne n’avait rien déballé, pourtant ils avaient tout emmenés. Il n’y avait plus cet odeur d’épices dans l’air : thym, cive, persil, cannelle, muscade, rien. On entendait plus la voix des marchands qui criaient : par ici mes amis, les kilos est a deux francs vous ne trouverez pas mieux ailleurs, venez ! , venez, madame regarder, avez vous déjà vu meilleur fruit ? Ils sont beaux et frais tout comme vous belle dame !

Non rien, ils étaient tous là debout avec leurs houes, les faucilles, leurs banderoles et peuvent ils on commencé une marche, sur la pancarte de ma mère était inscris en rouge, rouge couleur sang : AGRICULTEURS EN GRèVE !!!

Des policiers sont arrivés pour les disperser, mais personne n’a cédé, ma mère criait encore plus fort, elle était déchainé comme une lionne qui défendait sa progéniture, elle avait une lumière dans les yeux qui m’hypnotisait.

Je ne comprenais pas ce qui ce passait , toute la ville était en liesse , les marchands , les agriculteurs , les ouvriers agricoles , ils étaient tous présent main dans la main ; ils chantaient , dansaient , se révoltaient , il y avait des tambours des chachas la musique m’entrainais j’ai lâché la main de ma mère pour danser , les policiers voulaient les empêcher de manifester mais ils n’y arrivaient pas nous ne formions qu’un ; avec de la rage , de la colère de l’indignation et de la force . Ils ne pouvaient pas, ils sont donc partis.

Nous avions gagné, mais quoi, je ne savais pas.

Des ombres , des ombres , des milliers d’ombres sont arrivés , couvert de noir de la tète au pied : casques , cagoules , boucliers , avec des fusils comme le petit que j’avais , je ne voyais plus rien de la fumée partout , fumée qui te piquait les yeux , te faisait pleurer sans le vouloir , mais nous continuons d’avancer sans savoir ou nous allions , mais on y allait main dans la main . Et d’un coup : tratratratratratra.... !!! Je n’avais jamais entendu pareil cris mais je savais que c’était ma mère, je ne la trouvais pas tout était trouble autour de moi les travailleurs couraient partout affolés, je l’ai appelé, je savais qu’elle avait besoin de moi.

Mes pieds heurtas quelque chose , je n’aurais jamais imaginé que ce serais maman , allongé par terre le sang noyait son beau visage ,elle me pris la main et me dis : tout ça c’était pour toi mon chérie , nous avons lutté , manifesté pour être augmenté , pour avoir de quoi manger pour t’éduquer chérie , il faut avoir foi en toi , défendre tes idées , n’ai pas peur chérie, ça ira la vie ne s’arrête pas ici , maman pars à cause des dirigeants , ils sont avares ils sont lâches et préfèrent prendre les armes plutôt que parler pour régler le problème , nous voulions juste être augmenté avoir des subventions , juste être augmenté , juste être augmenté , juste augmenté . Elle est partie. Ces derniers mots sonne encore dans ma tète pourquoi ont-ils tirés ? Est-ce que c’est parce qu’ils ont parlés ?

Le 11 février 1974 , ils ont tués des innocents dont ma pauvre mère , parce qu’elle voulait juste être augmenté pour mieux m’éduquer , tout cela m’a donné la rage de vivre , de réussir pour honorer sa mémoire et aujourd’hui je suis un homme qui parle , qui défend ce en quoi il croit , qui n’a pas peur au contraire qui fait trembler , qui dénonce les travers de cet société malade .

Maintenant venez, oui venez me tuer bande de lâches, bourreau !!!


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