Le corps (1)

Texte de Alexandra Calas

mardi 13 janvier 2009, par Hugo Musella

Toutes les versions de cet article :

  • [français]
Le texte de théâtre est un golem mort, un tas de lettre inertes. Pour se lever, pour vivre, pour s’achever, il a besoin du corps du comédien. Ce corps que nous tentons d’entendre pour mieux écrire.

Mon corps est recroquevillé, tendu, tordu, comme un fil de fer.

Mon cœur bat la mesure comme un métronome.

Des serres d’oiseau sont plantées continuellement dans mon dos. Cet oiseau m’emporte tellement que je ne sens pas mes jambes.

Mes os craquent, l’oiseau s’est posé sur une branche d’arbre qui a cédé.

Mon esprit malade est en ébullition, la fièvre fait s’élever les bulles dans l’air, et les poissons s’agitant dans mon ventre, tentant de les éclater.

Toujours plus haut, ils tournent, se croisent, se frôlent, tapent contre les parois de mon ventre, dans un incessant va-et-vient.

Et ma voix, elle a du mal à sortir.

Quelque chose, une bête noire, bloque l’entrée de ma gorge. M’empêchant de respirer quand je m’y attarde trop.

Immobile, je sens la fatigue courir en moi comme le poison galope dans les veines, et la seule chose extérieure que je ressens, c’est le sol, froid comme la pierre, sur lequel je suis assise.

Aussi glacé que le feu me brûle intérieurement.

Du plomb tombe brusquement sur les poissons.

Comme une marée noire. Ils cessent temporairement de remuer.


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette