L’OMBRE D’ELLE MEME

Tragi-comédie fantastique pour 6 à 10 comédiens

mercredi 2 mai 2007, par Hugo Musella

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Résumé : Ils ont quatorze ou quinze ans, pas plus. Callidice est en fugue. Nausicaa est enceinte. Mélopée est en fuite du monde. Tristan, lui, comme beaucoup, est en trop. Bruni Cendre a leur âge mais elle n’est pas en… Elle est pire : Elle n’est pas. Personnage magique, née sans doute par erreur, elle n’a pas de corps, pas de visage et pas d’image. Elle est là comme une ombre intouchable. Elle est là et c’est tout. Callidice, Nausicaa, Mélopée et Tristan, tour à tour, la croiseront pour regarder en elle et y voir comme une porte entrouverte au milieu de leur cœur. Ensemble ils grandiront.

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Sans titre n°39 de Suzy Gomez
Comment, pendant l’écriture d’une pièce, on peut se retrouver nez à nez avec son personnage photographié, déjà, par un autre regard.

Extrait 1

Ado 4. Son image est la notre. Comme une porte entrouverte au milieu de nos cœurs. Un miroir vers l’essence de chacun d’entre nous. Un soir, j’ai regardé en elle et j’y ai vu… ce que j’ai vu, oh ! J’ai regardé en elle et j’y ai vu ce que j’étais. Pas mon visage, mon corps, tout ça, non. Je me suis vue comme je ne m’étais jamais vu avant. Sans habits et sans masque, sans aucun voile, vision pure, une image parfaite. Non pas une image… un écho. Oui, c’est ça, un écho de ma vie dans l’absence de son corps. Je n’y ai vu que moi. Sa solitude est insondable.

Extrait 2

Bruni-Cendre. Gouter au jus sucré d’un fruit trop mur, dans le creux de la main, à la morsure d’une lame et puis, là, sur la joue, au frisson d’une larme. Suer. Tousser même. Ne plus respirer. Avoir les yeux qui piquent. "Vraiment, la pollution… ! " Sentir sa peau brunie. Sentir un peu le caramel. S’allonger nue, trempée sur le carrelage frais. S’enfoncer sous la couette en hiver et s’y sentir bien. Faire grincer la neige blanche dans ses mains bleues, prendre plaisir à plonger toute entière sous l’eau, à sécher au soleil. Marcher contre le vent. Aimer le vin, le sirop de pêche, les gâteaux à la crème. Lécher le fond de son assiette. Se voir dans le regard de l’autre. Se voir. Etre. Même simplement paraitre. Apparaitre. Naitre. N’être rien et mourir. Rire seulement… a pleines dents. Saigner des dents à force de mordre. Je saignerais fort si seulement… Si seulement. Si seulement j’avais un corps. Oui, je saignerais à flot comme on lave un enfant, très généreusement. Je serais une longue cascade de sang giclant, un torrent fou, ivre de vie, de joie, de liberté puissante et rougeoyante. Si seulement j’avais un corps… J’aurai peur des blessures et des chutes, de la douleur et de la mort mais ce serait tant pis. Mes muscles se tendraient et m’emmèneraient loin quand même et m’emmèneraient vite. Je serais danseuse étoile en Russie. Championne olympique du 100 m à Athènes. Je serais une athlète noire. On me trouverait trop masculine. Oh pas tout le monde mais certain, oui. Je m’en ficherais, je serais belle. J’aurais de longues tresses pour lisser des cheveux que je trouverais trop frisés, de grands yeux verts (même si c’est impossible) et des lèvres à se pendre d’amour, oui. J’aurais tout ça. Et des ongles. Pas très beaux parce que je les rongerais et je les avalerais. On m’aurait opéré de l’appendicite à cause d’eux. Sous mon nombril, un peu à droite j’aurais une cicatrice que les garçons trouveraient sexy. Elle me chatouillerait parfois mais plus trop maintenant.

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L’Ombre D’Elle Même
Texte intégral

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