ESTEBAN

D’après Gabriel Garcia Marquez - Pièce pour 12 adolescents

jeudi 12 août 2010, par Hugo Musella

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  • [français]
Un village de pêcheurs posé sur une plage au bout du monde. Les hommes sont en mer. Les femmes sont aux champs. Les ados ont pris possession de la plage. Ils s’y aiment, s’y disputent, s’y cherchent, y guettent l’aventure, y attendent leur l’heure, y comblent de grands vides... Mais ce matin est un matin de théâtre. La mer dépose sur la plage un corps, un inconnu mystérieux. Et plus rien n’est pareil.

Extrait 1 :

Analia. Bonsoir. Bienvenue à vous dans cet entre-deux monde à cheval entre un village de pêcheur et nos envies de mythe. Notre théâtre s’ouvre sur une plage ancienne qui vit peut-être accoster Ulysse. Qui peut-être trembla sous l’orage de rochers que creva le Cyclope. Peut-être, la sorcière Circée foula t-elle ce sable. Peut-être. En ce matin de printemps, nos vagues imaginaires font trembler le plancher. J’entends la voilure sombre du théâtre grincer emportant avec elle les derniers murmures de la salle. Dans ce silence nouveau, des roulis de résine soulèvent mes pieds nus et me portent jusqu’à vous pour ouvrir l’histoire.

Extrait 2 :

Maria. Quoi ? Je ne sais pas pleurer. Ca ne vient pas. Je suis aussi choquée que vous, hein ? Que toi Joann. Aussi triste qu’Ileana, Celene ou Rebeca. Je vous jure. La même tristesse coule dans ma gorge. C’est vrai. Comme une angine. Le bout de mes doigts est froid. Mes genoux tremblent. Voyez ! C’est juste que je ne sais pas pleurer. Je suis triste. Emue. Bouleversée. Je suis bouleversée mais rien ne vient des yeux. Tu me crois, hein, Miguel ? Si je me force, un peu d’humidité, c’est vrai mais je baille aussitôt. Alors j’ai l’air de me faire chier et tout devient pire. C’est nul. Alors je suis perdue. J’hésite. Je ne contrôle plus rien. Et là. Je rie. Mais rien n’est drôle. C’est un rire qui ne sait pas ce qu’il fait là. Un rire tout en malaise qui cherche à se planquer mais qui est trop gros. Un vertige. Un…

Extrait 3 :

Magda. Ca s’peut pas que tu sois aussi beau, ça s’peut pas… Tu te rends compte autant de beauté ! Pas possible un truc pareil, pas concevable. C’est énorme. Moi, à côté, je me sens rien, rien du tout. J’me sens comme un truc sans forme, un truc difforme. A peine un truc en fait. Un tru. A peine un tr. Un t. Un souffle. Un mouvement de lèvre. Un silence. Toute cette chance qui me tombe dessus ! A treize ans seulement, tu le crois ? C’est pas possible un truc pareil. Te croiser toi, Esteban ! Te toucher ! Te voir ! Te respirer ! Mais je ne mérite pas tant de bonheur ! Tant de joie ! Je ne suis qu’une fille de pêcheur. Toi, un prince ! Une étoile, Esteban. T’es une constellation tombée dans un seau d’eau. Mais qu’est-ce que tu fais dans ce village de misère ? Ca s’peut pas autant de beauté, ça s’peut pas…

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