Ce soir-là

à la Comédie Française

mardi 9 octobre 2007, par Hugo Musella

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On donnait, ce soir-

- là, à la

Comédie Française

Un Tartuffe.

On donnait…

Question : Comment peut-on donner quelque chose qui, déjà, le fût

Par exemple un Tartuffe ?

Donner c’est donner. Reprendre c’est voler.

Le premier enfant venu vous le démontrera.


Enfin…

On donnait, ce soir-

- là, à la

Comédie Française

un Tartuffe…

un Molière tout au moins.

Qu’importe.

Le théâtre possédant la capacité

remarquable de se vouloir l’antre du spectacle

tout en lui tournant crânement le dos,

parfois,

la pièce, ce soir-là, était jouée

dedans

mais le spectacle, lui, était donné

donné

dehors.

Deux pantins,

deux comédiens poudrés, emperruqués, dentellés,

serrés dans leur velours étaient

sur un balcon, perchés.

Avec toute la préciosité qui seyait jadis aux courtisans de l’Astre,

simplement,

ils fumaient.

Un étage plus bas, sur le bitume, par l’odeur alléché,

un clochard inspiré

aussi ivre de vin que les deux emplumés l’étaient de suffisance,

leur demanda une cigarette.

Rien.

Une cigarette. Rien.

Pas un mot.

Ils se risquèrent vaguement

du haut de leur perchoir

à laisser planer presque

un regard

vers l’ombre et la crasse qui aboyaient…

avait-il semblé.

Et puis plus rien.

L’homme du bitume fit à son tour des manières,

prit le ton,

fit le clown pour jouer à leur jeu,

seulement pour jouer

avec eux.

Lui, le clodo et eux les aristos

mais tous trois déguisés.

Rien.

Pas un mot.

Le tas de nippes hirsutes haussa la voix,

invectiva,

insulta,

s’insurgea,

menaça,

philosopha,

fit de l’esprit,

dansa,

vécut

en se perdant dans

le langage

fut

le jongleur naissant,

fut Sganarelle en vrai,

fût Falstaff veines et cris

Figaro corps et paroles.

Et

ils furent

silencieux

les deux beaux sirs tournant les talons en fermant

(enfermant)

les fenêtres sur

le feutre de leur intérieur.

Ce devait être l’heure

pour eux,

de faire semblant de faire du théâtre.

Sauf que

l’on ne fait pas de théâtre.

On le nourrit

d’eau et de mots et de lumières, de feu.

La lumière, le feu, l’eau et les mots,

dans la bouche d’un gueux

sous un ciel ombrageux

abreuvèrent de gloire la rue,

les caniveaux

à quelques pas à peine

des fenêtres opaques

de la Comédie Française qui

avait tout loupé.

Derrière la statue de Molière

sévissent les aristocrates

sur les planches mêmes qui

le virent mourir

du théâtre

avant que l’on

ne l’enterre

dehors,

sous

les

trottoirs

de

Paris


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